PARTIE 2 — LA FEMME QUI CONNAISSAIT LA VÉRITÉ
Je restai figé devant la vieille femme.

« Comment connaissez-vous mon nom ? »
Elle regarda la petite fille, puis lui demanda doucement de sortir quelques minutes. Dès que la porte se referma, elle sortit une enveloppe cachée sous son matelas.
« Je m’appelle Marguerite Delon. J’ai travaillé pendant vingt-sept ans au service comptable de votre entreprise. »
Mon cœur se mit à battre plus vite.
Elle m’expliqua que, quelques mois plus tôt, elle avait découvert plusieurs transferts d’argent vers des sociétés fictives. Les documents portaient ma signature, mais elle savait qu’ils avaient été falsifiés.
« J’ai voulu prévenir la direction », dit-elle. « Le lendemain, on m’a licenciée. Puis quelqu’un est entré chez moi et a volé presque tous mes dossiers. »
« Pourquoi ne pas être allée à la police ? »
Elle baissa les yeux.
« Parce qu’ils ont menacé ma petite-fille, Léa. »
Je compris alors que l’enfant qui avait prié pour moi ne m’avait pas rencontré par hasard.
Marguerite me tendit l’enveloppe. À l’intérieur se trouvaient des copies de relevés bancaires et une liste de noms. Le premier était celui de mon ancien directeur général, Philippe Garnier. Le second me glaça davantage.
C’était le nom de mon ex-femme, Isabelle.

« Ce n’est pas possible », murmurai-je.
Marguerite posa une main sur mon bras.
« Votre femme a transmis aux fraudeurs des informations privées sur vous. Vos mots de passe, vos horaires et même des copies de votre signature. »
Je repensai à la rapidité avec laquelle Isabelle m’avait quitté après mon arrestation. Elle ne m’avait posé aucune question. Elle semblait déjà convaincue de ma culpabilité.
« Pourquoi me montrer cela maintenant ? »
« Parce qu’ils pensent vous avoir détruit. Et lorsqu’un homme n’a plus rien à perdre, il devient dangereux pour ceux qui l’ont trahi. »
Nous décidâmes de remettre les preuves à un avocat indépendant. Mais en quittant l’appartement, je remarquai une voiture noire garée de l’autre côté de la rue.
Le même véhicule apparut derrière nous près du cabinet de l’avocat.
Je serrai l’enveloppe contre moi.
À peine avions-nous franchi la porte qu’un homme surgit et tenta de me l’arracher. Je le repoussai, mais un second homme me frappa au visage. Léa cria. Marguerite tomba au sol.
Avant qu’ils puissent prendre les documents, l’avocat déclencha l’alarme. Les deux hommes s’enfuirent.
La police arriva quelques minutes plus tard, mais l’enveloppe avait disparu.
Je croyais avoir tout perdu une seconde fois.
Puis Léa ouvrit son petit sac et me tendit une clé USB.
« Grand-mère m’a dit de la garder si quelqu’un nous suivait. »
Cette nuit-là, je découvris que les fichiers contenaient assez de preuves pour innocenter mon nom. Mais un dernier document attira mon attention.
Il s’agissait d’un contrat d’assurance-vie signé par Isabelle quelques jours avant ma dénonciation.
Si je mourais ou si je disparaissais, elle recevrait une somme immense.
Mon téléphone sonna soudain.

C’était mon fils.
Sa voix tremblait.
« Papa… maman vient de partir avec un homme. Elle a laissé une lettre pour toi. »
« Qu’est-ce qu’elle dit ? »
Il hésita avant de répondre :
« Elle dit que tu ne dois surtout pas faire confiance à Marguerite… parce que c’est elle qui a tout organisé. »


