PARTIE 2 — LA MAISON QU’ELLE VOULAIT ME VOLER

Je suis restée assise sur le trottoir, trop faible pour comprendre tout ce qui se passait. Bastien a pris le téléphone tombé de la poche de Camille et a lu le message plusieurs fois. Son visage s’est durci.

« Qui veut vendre la maison avec toi ? »

Camille a tenté de récupérer l’appareil.

« Ce n’est pas ce que tu crois. Je voulais seulement trouver une solution pour ta mère. Elle ne peut plus vivre seule. »

Bastien a regardé mes vêtements éparpillés dans la rue, puis les deux hommes de l’ambulance privée.

« Une solution ? Tu leur as demandé de l’emmener définitivement sans même me prévenir. »

L’un des employés lui a tendu le dossier. Il contenait une demande de placement dans un établissement éloigné, ainsi qu’une autorisation de vendre certains biens pour financer mon séjour. Au bas des pages figurait une signature qui ressemblait à la mienne.

Mais je n’avais jamais signé ces documents.

Camille avait profité de mon hospitalisation pour imiter mon écriture. Elle avait également raconté à Bastien que j’étais devenue confuse et incapable de prendre mes propres décisions.

Mon fils a immédiatement appelé la police et mon notaire. Celui-ci a confirmé que Camille avait essayé, quelques jours plus tôt, d’obtenir des informations sur la vente de ma maison.

La vérité était simple.

La maison m’appartenait encore entièrement. Camille voulait me faire placer loin de la ville, me faire déclarer incapable, puis convaincre Bastien de vendre rapidement. Avec l’argent, elle comptait rembourser des dettes qu’elle lui cachait depuis plusieurs années.

Lorsque les policiers sont arrivés, Camille a cessé de nier.

Elle s’est mise à pleurer.

« Je voulais seulement sauver notre famille. »

Bastien a secoué la tête.

« On ne sauve pas une famille en jetant une vieille femme malade dans la rue. »

Il m’a aidée à me relever, a ramassé mes médicaments et m’a raccompagnée à l’intérieur. Puis il a demandé à Camille de quitter la maison jusqu’à la fin de l’enquête.

Les semaines suivantes ont été difficiles. Bastien se reprochait de ne pas avoir vu ce qui se passait. Il avait travaillé sans relâche pendant mon hospitalisation et avait cru chaque mensonge de sa femme.

Je ne voulais pourtant pas qu’il passe le reste de sa vie à se sentir coupable.

« Tu as cru ton épouse parce que tu l’aimais », lui ai-je dit. « Mais maintenant, tu connais la vérité. Ce qui compte, c’est ce que tu vas faire avec elle. »

Bastien a demandé le divorce. Camille a reconnu avoir falsifié les documents et accepté de rembourser l’argent qu’elle avait déjà retiré de leurs comptes communs.

Quant à moi, je suis restée dans ma maison.

Mais cette fois, je n’y étais plus seule.

Bastien a aménagé une chambre au rez-de-chaussée pour que je puisse me déplacer facilement. Il a engagé une infirmière quelques heures par jour et a réduit son travail pour passer davantage de temps avec moi.

Un après-midi, il a retrouvé la photographie de mon mari parmi les vêtements que Camille avait jetés dehors. Le cadre était cassé, mais l’image était intacte.

Il l’a réparé lui-même et l’a reposé sur la cheminée.

« Papa aurait eu honte de moi », murmura-t-il.

Je lui ai pris la main.

« Non. Il aurait été fier de te voir réparer ton erreur. »

Quelques mois plus tard, j’ai pu marcher de nouveau dans le jardin sans aide. Bastien m’accompagnait chaque matin. Nous parlions du passé, de son enfance et de toutes les choses que nous avions cessé de nous dire avec les années.

Camille avait voulu me chasser pour vendre ma maison.

Mais elle avait oublié une chose essentielle.

Une maison ne vaut pas seulement par ses murs ou son prix.

Elle vaut par les personnes qui choisissent d’y rester, de s’y pardonner et de prendre soin les unes des autres.

À quatre-vingt-deux ans, je pensais rentrer chez moi pour terminer paisiblement ma vie.

En réalité, ce jour-là, mon fils et moi avons enfin recommencé la nôtre.