En chemises ou tee-shirts blancs, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées ce dimanche 7 juin 2026, vers 15 h, pour une marche blanche en hommage à Lyhanna à proximité de la piscine municipale de Fleurance. Cette petite ville du Gers d’environ 6 000 habitants est sous le feu des projecteurs depuis que la collégienne de 11 ans a disparu le vendredi 29 mai, avant d’être retrouvée morte une semaine plus tard dans un silo agricole situé à 15 km de là.
Des tee-shirts accrochés par les parents à l’entrée du collège
Les parents de Lyhanna ont pris la tête du cortège, entourés par leur famille. Tous les proches de la fillette portaient des tee-shirts avec la photo de la jeune victime et ces mots en lettres majuscules : « Plus jamais ça ». Des mots également brandis sur la banderole derrière laquelle les parents et leurs proches sont rassemblés, aux côtés du maire de Fleurance. Le cortège silencieux a commencé à défiler dans la ville. Selon la préfecture du Gers, 6000 personnes ont participé à cet hommage.
Devant le collège où était scolarisée Lyhanna des bouquets de fleurs ont été déposés. C’est là aussi que Martial Bernard et Charly Rameau, les parents de la jeune victime, ont retiré leurs tee-shirts avec la photo de leur enfant pour les déposer devant la porte de l’établissement. Un acte symbolique et extrêmement émouvant, comme le soulignent nos confrères de BFMTV :

« Notre petit monde tout entier s’est écroulé »
A l’issue du défilé, la tante de Lyhanna a pris la parole au nom des parents : « Nous tenions tout d’abord à vous adresser ces quelques mots pour vous remercier d’être là, à nos côtés aujourd’hui. Il n’y a pas de mots pour décrire le soutien que vous nous apportez depuis ce vendredi 29 mai, jour où on nous a enlevé à la petite Lyhanna. Mille mercis pour tout », a-t-elle déclaré avant de remercier aussi le maire de Fleurance et ses adjoints pour leur soutien.
Lisant toujours le texte écrit par les parents de Lyhanna, sa tante poursuit la voix étranglée d’émotion : « Aujourd’hui, ma fille Lyhanna doit être tellement émue de voir tout là-haut tout ce monde rassemblé spécialement pour elle. Les mots me manquent. Personne n’est prêt à vivre une disparition aussi brutale que celle que nous vivons depuis vendredi. Notre petit monde tout entier s’est écroulé. Une fois de plus, je n’aurais les mots pour décrire ce drame abominable qui touche notre famille. Nous tenir devant vous tous aujourd’hui et parler de Lyhanna est surréaliste. Mille mercis du fond du cœur et au nom de toute notre famille, merci infiniment pour elle. Lyhanna, pardon, pardon pour ce que tu as vécu. Nous t’aimons tellement ».

Les participants de cette marche blanche, venus de la commune ou des villages alentour, sont également très émus. Une mère de famille de 41 ans, interrogée par nos confrères de l’AFP, en fait partie : « Je me sens concernée, j’ai deux enfants, une fille de 12 ans et un fils de 13 ans. Ça aurait pu arriver à ma famille, à mon fils, ma fille ». Elle-même victime de violences sexuelles pendant dix ans, elle encourage les petites filles à parler, « il faut qu’elles aient le courage d’en parler pour elles ».

Mais beaucoup de participants sont aussi en colère. Ils ne comprennent pas comment le suspect a pu passer entre les mailles du filet après quatre plaintes pour viols sur mineurs et deux signalements, dont un pour « comportement inapproprié » envers une lycéenne. Malgré des soupçons de pédocriminalité, il n’avait jamais été entendu auparavant par des enquêteurs. Ces dysfonctionnements ont été pointés du doigt jusqu’au plus haut sommet de l’État, qui accable l’institution judiciaire.

« Nous sommes tous Estelle Mouzin, Maëlys, Lyhanna »
A la fin du défilé, le maire de Fleurance, Grégory Bobbato, s’est justement fait l’écho de cette « ville en colère », ce « territoire en colère », ce « pays en colère ». « On veut nous faire croire que cette tragédie qui frappe la famille de Lyhanna n’est qu’un dysfonctionnement au milieu d’un système qui lui marcherait bien, a-t-il lancé face aux participants de la marche blanche. La réalité, c’est que Lyhanna est le dernier acte d’une tragédie qui se joue depuis bien trop longtemps. Celle de nier la parole des enfants ».
Avant de proposer une minute de silence, il a conclu avec ces paroles chocs en référence à d’autres fillettes assassinées par des pédocriminels : « Nous sommes tous ici, Estelle Mouzin. Nous sommes tous ici, Maëlys. Nous sommes tous ici, Lyhanna. Il est enfin venu le temps de mettre un terme définitif à un système qui broie au lieu de relever et d’accompagner».

