PARTIE 2 — LE SECRET DU TORCHON ROUGE
Je restai devant le gardien, incapable de parler.
« Élise connaît mon nom ? »

« Oui », répondit-il. « Mais depuis hier soir, elle refuse de sortir de son appartement. »
Je montai immédiatement. Élise ouvrit la porte après plusieurs coups. En me voyant, elle voulut la refermer, mais je posai la main contre le battant.
« Je veux seulement savoir d’où vient ce torchon. »
Elle regarda le petit sapin rouge brodé dans un coin, puis baissa les yeux.
« C’est votre femme qui me l’a donné. »
Mon cœur se serra.
« Vous connaissiez Claire ? »

Élise me laissa entrer. La petite fille qui m’avait apporté le repas jouait silencieusement près du sapin.
« Je travaillais avec Claire avant sa mort », expliqua Élise. « Nous étions très proches. Quelques jours avant son accident, elle est venue chez moi avec plusieurs affaires personnelles. Elle avait peur. »
« Peur de quoi ? »
« Elle pensait que quelqu’un la suivait. Elle m’a demandé de garder ce torchon et une lettre pour vous. »
Je me redressai brusquement.
« Une lettre ? »
Élise ouvrit un vieux tiroir et sortit une enveloppe jaunie portant mon prénom.
Mes mains tremblaient lorsque je l’ouvris.
Claire avait écrit qu’elle avait découvert quelque chose de grave sur l’entreprise où je travaillais autrefois. Elle craignait que certaines personnes cherchent à la faire taire. Elle me demandait de ne faire confiance à personne si quelque chose lui arrivait.
La dernière phrase était soulignée :
Thomas, mon accident n’en sera peut-être pas un.
Je regardai Élise.

« Pourquoi ne m’avez-vous jamais donné cette lettre ? »
Elle se mit à pleurer.
« Le lendemain de la mort de Claire, un homme est venu chez moi. Il connaissait mon adresse, mon travail et le nom de ma fille. Il m’a ordonné de disparaître et de ne jamais vous contacter. »
À cet instant, la petite fille s’approcha.
« Maman, c’est l’homme de la voiture ? »
Élise devint livide.
Je me tournai vers la fenêtre.

Une voiture noire était garée devant l’immeuble. Un homme se tenait à côté, les yeux fixés sur notre étage.
« Il nous a retrouvées », murmura Élise.
Elle me donna la lettre et me poussa vers la porte arrière.
« Partez. »
« Venez avec nous. »
« Je ne peux pas. Mais vous devez découvrir pourquoi Claire avait écrit le nom de votre ancien patron au dos de la lettre. »
Je retournai l’enveloppe.

Un seul nom y figurait.
Celui de l’homme qui m’avait fait perdre mon emploi dix ans plus tôt.
Avant que je puisse poser une autre question, quelqu’un frappa violemment à la porte.
Puis une voix d’homme retentit dans le couloir :
« Élise, ouvrez. Nous savons que Thomas est avec vous. »


